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Entretien avec Ousmane Tanor Dieng

Ousmane Tanor Dieng à Walf TV



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BUREAU POLITIQUE DECLARATION DU MERCREDI 28 MAI 2008 Convertir en PDF Version imprimable Votre email
29-05-2008

ImagePuisque l’Etat refuse de revoir à la baisse son train de vie dispendieux et que, par ailleurs, ses caisses sont vides, les Sénégalais peuvent encore se faire du souci pour leur pouvoir d’achat,  ce d’autant que le gouvernement continue à faire du chiffre sur le dos des consommateurs, en taxant au prix fort les produits pétroliers. C’est là un constat d’évidence qui explique que notre pays soit le dernier de la classe dans la lutte contre la hausse des prix, loin derrière tous les autres pays partenaires de l’UEMOA. Curieux paradoxe pour un pays doté d’un port desservant jusqu'à des pays enclavés qui ont pourtant une meilleure maîtrise de l’inflation : + 6 % d’inflation contre une moyenne communautaire de + 2,4 %, une contre-performance encore mieux reflétée dans les chiffres suivants : – 0,3 % au Burkina, + 0,1 % au Niger, + 0,9 % au Togo, + 1,3 % au Bénin, + 1,4 % au Mali, + 1,9 en Côte d’Ivoire et + 4,6 % en Guinée-Bissau

Une meilleure maîtrise de l’inflation prouvée par les autres pays de la zone UEMOA démontre qu’il est bien possible de freiner le renchérissement du coût de la vie par un train de vie modéré et des mesures audacieuses. Ces mesures concernent une restructuration des dépenses publiques en éliminant toutes les dépenses non prioritaires, tous les faux frais et surcoûts : 

 

- le dégraissage des effectifs et des charges des services de la Présidence de la République ;

- la suppression du Sénat jusqu’au retour à meilleure fortune de notre pays ;

- la reconstitution d’un Conseil économique et social sobre et efficace, avec des indemnités de session symboliques à ses membres et un personnel administratif limité au strict minium ;

- la diminution du nombre pléthorique de Ministres d’Etat et de Ministres et de leurs coûts de fonctionnement ;

- la réduction drastique des agences nationales et de leurs coûts bureautiques inconsidérés et le reversement de leurs fonctions aux services classiques ;

- la rationalisation de la carte diplomatique et la réduction conséquente du personnel dans les ambassades ;

- la revue et l’audit systématiques des marchés de travaux, de fournitures et de services d’un certain montant, par exemple trente millions, pour en débusquer les surcoûts et les parts de commandes fictives ;

- l’audit des effectifs de la Fonction publique afin d’identifier et de supprimer les emplois fictifs ou complaisants et, à leur suite les salaires indus dans les corps civils, militaires et paramilitaires ;

- la suppression des contrats spéciaux faramineux et en nombre inconsidéré ;

- la neutralisation systématique de la hausse des rentrées fiscales portant sur les denrées et produits de base afin de favoriser la baisse effective des prix à leur niveau du 1er janvier 2007. 

 

Les économies ou surplus budgétaires ainsi dégagés et estimés à plusieurs centaines de milliards de Francs CFA seraient utilisés dans la subvention directe des prix à la consommation des denrées et produits de base, beaucoup plus efficace que la subvention actuelle par la détaxation qui n’a jamais profité aux consommateurs. 

 

A côté de ces mesures qui ne peuvent pas attendre compte tenu de l’extrême précarité dans laquelle vivent actuellement les populations, l’Etat pourrait prendre d’autres mesures mais après avoir élargi la réflexion et engagé des concertations avec les différents acteurs de la vie économique. Ce sont des mesures pertinentes et cohérentes sur les moyen et long termes qui visent la relance des secteurs de production assassinés par l’affairisme du régime et la gestion vertueuse de l’argent public pour revenir à un Etat crédible et solvable qui rompe avec l’incurie et l’irresponsabilité de nos gouvernants actuels. 
 
Quant à l’autosuffisance alimentaire (l’abondance viendra après), elle est possible dans les moyen et long termes quand notre agriculture sera installée dans de véritables conditions de productivité, à conquérir méthodiquement par les apports conjugués des hommes de la science et de la technologie. A cet égard, GOANA qui souffre d’une tare congénitale à chercher dans sa méthode messianique et autiste qui méprise le point de vue central des acteurs du monde rural et des experts nationaux en questions agricoles, n’est certainement pas la solution surtout depuis qu’il est confirmé que son financement n’était pas disponible.  

Ensuite l’autre vice rédhibitoire de GOANA, c’est qu’Abdoulaye Wade ne peut pas faire passer par pertes et profits les huit années de crise qu’a connu l’agriculture à cause d’une absence de politique agricole digne de ce nom. A ce sujet, il faut rappeler qu’au cours de cette longue nuit du monde rural que les pluies soient au rendez-vous ou absentes, que les récoltes soient abondantes ou non, que les prix extérieurs soient rémunérateurs ou pas, nos braves paysans ont trinqué et ont dû boire le calice jusqu’à la lie de la campagne 2007-2008 de triste mémoire, celle de toutes les incuries et de toutes les impérities. 

 

D’ailleurs, pour la campagne agricole 2008-2009, le Parti socialiste sonne l’alerte et adjure le gouvernement à prendre de toute urgence les mesures nécessaires pour la distribution, en quantité suffisante et en qualité satisfaisante, de semences, d’engrais et d’autres intrants en veillant à leur mise en place dans les délais adaptés à chaque zone agro-écologique du pays. 

C’est dans cette mesure seulement que notre pays pourra éviter un neuvième échec agricole qui en plus de plomber ce secteur vital pour bien des années encore, exposerait les populations rurales à un désastre de même ampleur que celui de l’année dernière et pour lequel elles sont toujours dans l’attente d’un véritable programme d’assistance alimentaire doté de fonds suffisants.  

 

Dakar, le 28 mai 2008

Le Bureau politique

 
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