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Entretien avec Ousmane Tanor Dieng

Ousmane Tanor Dieng à Walf TV



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BUREAU POLITIQUE DECLARATION SUR LES A.P.E. Convertir en PDF Version imprimable Votre email
10-01-2008

ImageLa mondialisation réduite à la libéralisation économique a entraîné un déséquilibre des rapports économiques entre les Etats. Au nom de la logique ultralibérale, l’économie mondiale est entièrement livrée à la prééminence des marchés internationaux qui sont devenus les moyens hégémoniques de régulation des échanges de biens et services. 

C’est à la lumière de ce constat, mais aussi des liens de solidarité et de coopération au développement,  que le Parti socialiste analyse l’évolution des relations économiques entre l’Union Européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ; des relations qui, de la première convention de Lomé en 1975 aux accords de Cotonou en 2000, accordaient aux pays ACP des préférences commerciales et des avantages tarifaires à l’exportation non assortis de réciprocité et prévoyaient un système de compensation financière dans le but de soutenir leur intégration progressive dans l’économie mondiale. Dans le même temps, l’Union européenne appuyait, par la coopération et l’aide, des projets de développement de ces pays. 

Aujourd’hui ces relations économiques, dans leur volet commercial,  sont dans une impasse du fait de l’échec des négociations pour la signature de nouveaux accords compatibles avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce qui prônent la libéralisation de l’accès aux marchés. C’est dans ce cadre qu’il faut situer les Accords de Partenariat Economique fondés sur l’ouverture des marchés, l’abattement des barrières tarifaires et l’abandon de la condition de non réciprocité. De ce point de vue, les APE, parce qu’ils s’insèrent dans un environnement économique mondial marqué par la logique marchande de l’ultralibéralisme, deviennent une question à enjeux.  

C’est pourquoi, le Parti socialiste, fidèle à son orientation idéologique et qui refuse, à ce titre, que le marché même imparfait soit le principal moyen de structuration de l’économie mondiale, soutient la position exprimée par les Etats membres de la CEDEAO. Le Parti socialiste considère qu’en soumettant des économies inégalement développées et inégalement intégrées au même système concurrentiel, les APE risquent de désintégrer les économies de nos pays et de déstructurer leur tissu social. De toute évidence, la signature des APE, dans leur forme actuelle, conduirait à une interdépendance croissante des espaces macroéconomiques et à une perte d’autonomie dans la définition et dans la conduite des politiques nationales du fait de l’importance croissante de la contrainte extérieure. 

Toutefois, le Parti socialiste constate pour le dénoncer que, si dès 2003, la société civile et le secteur privé africains ont adopté une position claire de rejet de ce schéma des APE, les Etats africains, pour leur part, ne se sont jamais signalés par une perception claire des enjeux, la mesure conséquente des impacts économiques et sociaux des APE, l’identification des étapes nécessaires et des mesures d’accompagnement, le tout avec un sens de la cohérence et de la pertinence des positions ainsi qu’une faculté d’anticipation et de maîtrise du calendrier de négociations. 

Nonobstant ces carences coupables vis-à-vis de nos peuples, le Parti socialiste invite les Etats africains à abandonner la posture facile de rejet pur et simple des APE et à proposer des amendements ou, le cas échéant, à formuler une alternative capable de substituer à ces accords un système plus équitable qui sert la finalité du partenariat.  

C’est à cette tâche là que devrait s’atteler Abdoulaye Wade au lieu de se complaire dans une agitation inconvenante et improductive en pareille matière. En effet, il n’appartient pas à un Chef d’Etat, fut-il adepte du populisme et de la démagogie, de verser dans l’excitation en mobilisant l’opinion publique dans un dossier dont le traitement requiert des négociations conduites avec hauteur, responsabilité et sérénité. Ce procédé proprement ridicule traduit l’irresponsabilité d’Abdoulaye Wade qui en oublie même que le rôle d’un gouvernement, en pareille circonstance, est de construire, en rapport avec tous les acteurs de la vie économique nationale, un argumentaire structuré sur la base duquel les négociations seront menées.  

Par ailleurs, le Parti socialiste dénonce la tentative de récupération en décembre 2007 par Abdoulaye Wade d’une position commune exprimée par les Etats membres de la CEDEAO au mois d’octobre 2007. Il rappelle à l’opinion qu’Abdoulaye Wade qui fait là preuve d’une escroquerie intellectuelle inadmissible, est bien le dernier à avoir engagé la bataille contre les APE après avoir servi, sans nuance, les intérêts du libéralisme occidental. A ce sujet, le Parti socialiste l’interpelle sur sa responsabilité dans la lenteur de la prise en charge de la question par l’Etat qui, depuis la signature des Accords de Cotonou en juin 2000 et surtout dès après avoir reçu les premières alertes des acteurs non gouvernementaux, aurait dû définir, en concertation avec eux, une stratégie efficiente de négociation. Par ailleurs, le Parti socialiste s’insurge contre le refus d’Abdoulaye Wade d’admettre la différence évidente de situation, au sein de la CEDEAO, entre les PMA qui bénéficient déjà d’un accès non réciproque au marché européen et les non PMA dont les spécificités auraient dû être prises en compte dès la perception de l’imminence de la date limite du 31 décembre 2007.  

En vérité, l’agitation actuelle d’Abdoulaye Wade procède d’une manœuvre de diversion et de manipulation de l’opinion nationale pour la détourner des urgences actuelles du pays. Faut-il rappeler que déjà sans les APE, notre pays se trouve dans une situation de marasme économique et de malaise social avec la crise aigüe du monde rural, la faillite des secteurs phares, la fermeture des entreprises et des usines, la dégradation du pouvoir d’achat, la flambée des prix des denrées et services de consommation courante, la précarité de l’emploi, la paupérisation croissante en zone urbaine comme en zone rurale. C’est la raison pour laquelle, le Parti socialiste invite les organisations syndicales, professionnelles et patronales ainsi que les citoyens sénégalais à rester vigilants face aux appels d’un naufragé qui, de toute évidence, tente de s’accrocher à la bouée des APE pour remonter à la surface après avoir fait la promotion d’un système de gestion caractérisée par le pillage et le gaspillage des ressources nationales. Dans tous les cas, le Parti socialiste estime que les appels à manifestation seraient beaucoup plus appropriés s’ils étaient orientés vers la dénonciation de la crise généralisée provoquée par la corruption ambiante et par l’affairisme indécent du régime d’Abdoulaye Wade.  

Sous ces réserves qui visent à démasquer et à dénoncer l’imposture, le Parti socialiste considère que l’impasse actuelle doit être dépassée pour ouvrir de nouvelles et prometteuses perspectives aux relations entre l’Europe et l’Afrique.  

Dans cet ordre d’idées, il invite l’Union Européenne et les Etats africains à négocier un nouveau moratoire avec l’OMC et à mettre à profit cette nouvelle période de négociation pour parvenir à un accord au contenu commercial mutuellement bénéfique.  

En vue de préparer nos économies à ce nouvel accord, le Parti socialiste est d’avis que des mesures hardies doivent être prises, durant cette période, par les Etats africains appuyés par l’Union Européenne pour définir de nouvelles stratégies d’incitation aux investissements productifs, pour mettre à niveau les entreprises, pour stimuler les secteurs à forte potentialité exportatrice et pour identifier de nouvelles niches de recettes afin de compenser les pertes relatives au dépérissement progressif et inévitable des barrières douanières.  

Par ailleurs, le Parti socialiste considère que tout nouvel accord devra se fixer pour objectif prioritaire la consolidation et le parachèvement de l’intégration sous régionale afin de favoriser la création de marchés intégrés, étape indispensable vers l’unité africaine. 

Sur le fond, le Parti socialiste invite les Etats membres de la CEDEAO à s’appuyer sur les expériences des autres zones de libre échange, afin de disposer d’une marge sur les seuils et sur les délais d’ouverture de nos marchés. A ce sujet, il invite les Etats de la CEDEAO à donner à la notion de « l’essentiel du commerce » un contenu qui leur permettrait d’inclure dans les produits sensibles donc exclus des accords de libre échange les produits agricoles liés à la souveraineté alimentaire ainsi que les produits industrialisés et manufacturés de base. Le Parti socialiste insiste sur la nécessité pour les Etats membres de la CEDEAO de s’accorder sur une convention cadre qui prend en compte les intérêts des Etats PMA comme non PMA avec la possibilité pour ces derniers de négocier des clauses de sauvegarde fondées sur la spécificité de leur économie.  

Enfin, dans une perspective à moyen terme, le Parti socialiste invite toutes les forces, qui partagent les valeurs du socialisme, à joindre leurs réflexions afin de construire une alternative à la mondialisation libérale. 

Fait à Dakar, le 09 janvier 2008

Le Bureau politique 

 
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