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Entretien avec Ousmane Tanor Dieng

Ousmane Tanor Dieng à Walf TV



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BUREAU POLITIQUE DECLARATION SUR LES ATTENTES DES SENEGALAIS Convertir en PDF Version imprimable Votre email
02-01-2008
ImageL’année 2007 qui s’achève, aura été, à tous points de vue, une année de crise pour notre pays, une crise sans précédent tant par sa nature que par son ampleur. Et, sous quelques aspects qu’on l’analyse, la situation actuelle laisse présager que notre pays se dirige inexorablement vers l’impasse, s’il n’y est déjà, à cause de la suffisance, de l’irresponsabilité et de l’incompétence du pouvoir. Les manifestations de cette crise multiforme et multisectorielle sont nombreuses :

- une inquiétante crise des valeurs suscitée, encouragée, récompensée, par le pouvoir de l’argent et avec l’argent du pouvoir, et accentuée par le vacarme des scandales et de la corruption qui rythment le quotidien de l’Etat ;

- une impasse politique caractérisée par la rupture du dialogue politique, par l’absence de crédibilité de notre système électoral, par l’illégitimité et l’instrumentalisation partisane, voire « monarchisante », des institutions issues des élections présidentielle, législatives et sénatoriales ainsi que par la panne de notre modèle démocratique ;

- une régression économique résultant d’un processus alarmant de déséquilibre du cadre macro économique, du niveau élevé de l’endettement intérieur, de la destruction programmée du secteur primaire, de la déstructuration du tissu industriel, de la perte de compétitivité de notre économie ;

- une détérioration aiguë de la situation sociale marquée par la paupérisation des masses urbaines et rurales, par le renchérissement insoutenable du coût de la vie corrélative à une perte du pouvoir d’achat des ménages, par l’ébullition du front social consécutive à la mauvaise volonté ou à la mauvaise foi du pouvoir en place face aux revendications légitimes des travailleurs ;

- une crise du monde rural qui, bien que perceptible dès les premiers moments de l’alternance, s’est accentuée cette année avec une campagne agricole désastreuse et une campagne de commercialisation chaotique ;

- une absence de perspective pour la jeunesse sénégalaise doublement éprouvée par la crise chronique du système éducatif et par le chômage endémique qui explique les solutions de désespoir qu’elle a adoptées ;


- une gestion laxiste de la crise casamançaise qui, en plus d’avoir entraîné la panne du processus de paix, a créé les conditions d’une insécurité permanente dont les signes les plus visibles sont les assassinats et les attaques à main armée commis en toute impunité.

Devant ce sombre tableau et les sinistres présages qu’il annonce, comment ne pas s’inquiéter, surtout lorsque le régime en place, frappé de cécité, refuse d’admettre l’existence du désastre provoqué par l’absence de stratégie cohérente et de perspectives prometteuses. Comment ne pas s’interroger sur les mesures à prendre pour redresser la situation politique, économique et sociale du pays et pour améliorer les conditions de vie des populations ?

En réponse à cette interrogation légitime des Sénégalais plongés dans une angoisse permanente, le Parti socialiste que cette crise généralisée inquiète au plus haut point, interpelle Abdoulaye Wade, à la veille de son adresse à la Nation. Cette adresse ne doit pas, au regard de la situation actuelle du pays, se traduire par un discours creux avec des mots devenus sourds à force d’être serinés. Il ne suffit pas de nous servir une fois de plus les recettes de la fuite en avant, consistant à toujours et encore superposer de nouvelles promesses qui ne seront jamais tenues sur celles, passées, qui n’ont jamais été tenues.

Le Parti socialiste invite Abdoulaye Wade à prendre des mesures audacieuses susceptibles de relever le niveau de vie des Sénégalais en ajustant les revenus sur le coût réel de la vie. A ce titre, il considère que des mesures de baisse des prix, avec un impact direct et immédiat sur le pouvoir d’achat, doivent concerner le riz, l’huile, la viande, le lait, le sucre, la farine, le gaz, l’électricité, le carburant et les soins de santé.

Le Parti socialiste considère que de telles mesures sont parfaitement envisageables et faciles à mettre en œuvre si le régime d’Abdoulaye Wade met un terme à son goût immodéré pour le faste au moyen d’une suppression de toutes les niches de gaspillage et d’une lutte sincère contre la corruption. Il rappelle, à ce sujet, le train de vie dispendieux du régime libéral caractérisé par l’existence d’institutions inutiles (Sénat et Conseil Economique et Social), le foisonnement d’agences budgétivores, l’augmentation des dépenses de fonctionnement de la Présidence de la République, de l’Assemblée nationale, des ministères, des ambassades et des consulats.

Sur toutes ces poches de gaspillage et ces zones de pillage des biens et deniers de la Nation, le Parti socialiste considère qu’Abdoulaye Wade serait, pour une fois, bien inspiré de prendre les mesures courageuses qui s’imposent afin de dégager des économies ou surplus de ressources estimées à plusieurs centaines de milliards.


Avec des plans de restructuration cohérents, non mus par des intérêts affairistes, il est bien possible de remettre à flot le tissu industriel national. A ce titre, le Parti socialiste interpelle Abdoulaye Wade sur les mesures à prendre pour relancer les activités de production des unités industrielles (ICS, usines de pêche) afin de préserver les milliers d’emplois dans ces secteurs.

Par ailleurs, le Parti socialiste interpelle Abdoulaye Wade sur l’urgence à prendre des mesures significatives en direction du monde rural où, en sus de la famine annoncée par les experts et par les présidents de conseils ruraux (même ceux du pouvoir), sévit une pauvreté préoccupante. Dans cet ordre d’idées, le Parti socialiste demande à Abdoulaye Wade de procéder, sans délai, à la distribution de vivres et d’aliments de bétail et de relever la subvention sur le prix de l’arachide.

En outre, le Parti socialiste invite Abdoulaye Wade à traiter avec sérieux la crise casamançaise, qui, parce qu’elle est une question nationale, doit intégrer, pour sa résolution, toutes les composantes de la Nation, sans considération partisane, ni politicienne.

A côté de ces mesures que l’urgence commande de prendre, le Parti socialiste invite Abdoulaye Wade à adhérer, dans les meilleurs délais, au projet, non pas de dialogue politique, mais de véritables concertations directes, sincères et inclusives entre les différentes composantes de la Nation. Ces concertations seront, à n’en point douter, le cadre idéal pour la Nation qui renoue avec elle-même, de trouver des solutions globales, efficaces et durables à la crise actuelle et d’aboutir aux synergies nécessaires pour restaurer la confiance et l’espoir.

C’est sur ces questions que les Sénégalais attendent des mesures efficaces et non pas sur ses tentatives avortées de rétablir le dialogue politique en Afrique alors qu’il est incapable de le faire au Sénégal ou sur sa subite propension à dresser des piquets de grève contre les APE après en avoir mené les négociations et après avoir été sourd aux appels de la société civile, des syndicats, du mouvement social, du patronat qui dénoncent depuis des années l’iniquité de ces accords.

Fait à Dakar, le 30 décembre 2007
Le Bureau politique

 
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