En dépit des légitimes espoirs d’un progrès irréversible de notre système électoral qu’avaient suscités le déroulement autant que le dénouement de l’élection présidentielle de 2000 et malgré la mise en place de la Commission électorale nationale autonome (CENA), la sincérité, la transparence et la régularité du processus électoral restent encore une exigence pour la démocratie sénégalaise.
Tel est le principal enseignement qu’inspire au Parti socialiste le rapport général de la CENA sur l’élection présidentielle du 25 février 2007 qui démontre que l’organisation d’une élection libre et transparente reste une équation pour notre système démocratique.
La cause de ce recul démocratique est imputable, bien entendu, au régime d’Abdoulaye Wade qui, avec son bras séculier, le Ministère de l’intérieur a exécuté, lors de la dernière élection présidentielle, une stratégie de fraude élaborée et planifiée depuis la Présidence de la République et dont l’objectif était la conservation à tout prix du pouvoir, par le dévoiement du vote des citoyens au mépris de la volonté populaire de changement.
De bout en bout du processus électoral, les décisions et les pratiques du Ministre de l’intérieur n’ont été inspirées que par une stratégie de conservation du pouvoir. Il faut pour s’en convaincre relever quelques unes des irrégularités mentionnées dans le rapport général de la CENA : la violation du principe d’égalité des citoyens au moment de l’inscription sur les listes électorales, une impossibilité de localisation et d’identification des électeurs à cause du caractère national de l’inscription, l’absence de fiabilité du fichier électoral due aux inscriptions multiples et aux manipulations dont il a fait l’objet après la clôture des inscriptions, la rétention volontaire des cartes d’une grande partie des électeurs en vue de leur utilisation frauduleuse, l’absence d’authentification du vote des électeurs à cause de la « mauvaise qualité de l’encre indélébile », les lacunes et autres dysfonctionnements notoires constatés dans l’organisation du scrutin auxquels s’ajoutent les discordances entre les différents chiffres du fichier électoral et l’absence de transparence dans la production et la distribution des cartes d’électeurs.
Pour le Parti socialiste, toutes ces irrégularités et tous ces dysfonctionnements ne doivent pas être pris et évalués isolément, comme semble le faire la CENA dans son rapport. Ils sont en interrelations et constituent, chacun, un maillon d’une chaîne de fraudes destinées à faire réélire dès le premier tour le candidat du Ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Wade.
Cependant, si comme le mentionne le rapport de la CENA et le confirment les déclarations de ses membres, les irrégularités et dysfonctionnements sont imputables, essentiellement, au Ministre de l’intérieur, le Parti socialiste n’absout pas pour autant la CENA de toute responsabilité. Pour une première expérience, la CENA n’aura pas été à la hauteur des espoirs placés en elle et de la mission pour laquelle la loi électorale lui donnait des pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux de l’ONEL ; elle a failli à sa mission de contrôle et de supervision du processus électoral. En effet, alors qu’elle dispose de pouvoirs d’injonction, de rectification, de dessaisissement et de substitution, ainsi que de pouvoirs de saisine des juridictions, la CENA s’est contentée de louvoyer face aux violations répétées du code électoral par le Ministère de l’intérieur et l’Administration, à chaque fois qu’elle les a constatées elle-même ou en a été saisie.
Dès lors, le Parti socialiste qui relève au passage la frappante similitude entre les observations de la CENA et les griefs soulevés par son candidat dans son recours devant le Conseil constitutionnel, invite la CENA à admettre que ses fautes par omission et passivité (volontaires ou fortuites) ont couvert la stratégie de fraude du Ministère de l’Intérieur ; elle doit, par conséquent, assumer sa responsabilité dans le détournement du suffrage des citoyens et démissionner si elle n’est pas capable de remplir correctement sa mission, soit à cause de ses propres limites, soit à cause des obstacles que le pouvoir d’Abdoulaye Wade dresse devant elle.
Dans cet ordre d’idées, le Parti socialiste exige que soient engagées des concertations afin de modifier la loi sur la CENA, notamment dans ses dispositions relatives aux conditions et modalités de nomination de ses membres.
Aux fins de tester la bonne foi du régime d’Abdoulaye Wade, le Parti socialiste invite toute la classe politique et la société civile à engager le combat afin d’obliger Abdoulaye Wade à transformer en lois et règlements les recommandations de la CENA, ainsi que s’y était engagé et l’avait fait le Président Abdou DIOUF, en 1998, à propos des recommandations de l’ONEL.
Sur un autre plan, le Parti socialiste considère que les partis politiques et l’ensemble des démocrates doivent exiger que soit rétablie la tradition d’un Ministre de l’Intérieur à la neutralité politique incontestée et à l’intégrité morale intacte afin de préserver le processus électoral des manipulations du parti au pouvoir. Le Parti socialiste rappelle, à ce sujet, qu’avec un Ministre de l’Intérieur apolitique et avec un ONEL doté de pouvoirs moins importants que ceux de la CENA actuelle, notre pays a organisé, en 2000, une élection exemplaire et saluée par tous les acteurs politiques nationaux et par les observateurs internationaux. Par ailleurs, le Parti socialiste estime que le problème du fichier électoral qui soulève à ce jour des questions sans réponse et révèle de nombreuses irrégularités, doit être définitivement réglé. Il propose que soit procédé, et ce dans les meilleurs délais, à son audit physique et informatique afin de le rendre crédible et fiable. Enfin, au regard de l’attitude pour le moins incompréhensible du Conseil constitutionnel face aux griefs soulevés par son candidat et aujourd’hui confirmés par les irrégularités contenues dans le rapport la CENA, le Parti socialiste estime qu’il y a lieu de modifier la loi électorale en vue d’y insérer explicitement de nouvelles causes de nullité, même partielle, du vote. C’est autour de ces questions et sans occulter la revendication d’une structure indépendante chargée de l’organisation des élections, que le Parti socialiste, déjà en ordre de bataille, invite l’ensemble de la classe politique, la société civile et les militants de la démocratie à engager le combat afin qu’ensemble nous puissions, avant les prochaines élections locales, conférer à notre système démocratique les attributs fondamentaux des grandes démocraties. En tout état de cause, le Parti socialiste, pour qui des élections libres, transparentes, régulières et sincères doivent être le seul moyen de conquête ou de conservation du pouvoir, ne ménagera aucun effort dans le combat pour la régularité et la transparence du processus de dévolution du pouvoir afin de garantir la crédibilité et la légitimité des institutions républicaines.
Fait à Dakar, le 16 janvier 2008Le Bureau politique
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