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Entretien avec Ousmane Tanor Dieng

Ousmane Tanor Dieng à Walf TV



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DECLARATION SUR LES PRATIQUES D’ALIENATION SPECULATIVE DU PATRIMOINE FONCIER NATIONAL Convertir en PDF Version imprimable Votre email
28-02-2008

La spéculation immobilière
La spéculation immobilière
Finalement l’affairisme d’Etat a eu raison du site du stade « Assane DIOUF ». Malgré une première tentative avortée, grâce à la mobilisation et l’opposition citoyennes des populations des quartiers environnants, la seule infrastructure sportive située dans le Plateau a été déclassée et affectée à des intérêts privés occultes, sans considération des préoccupations des jeunes de la Médina, de Rebeuss, de Niayes Tioker et du Plateau désormais privés d’espaces de pratiques sportives. La destruction nocturne de la tribune et le moment choisi (la période de célébration du Magal de Touba) confirment le caractère fumeux de cette affaire que les différentes autorités, en se renvoyant la responsabilité, refusent d’endosser.  

La cession du stade « Assane DIOUF » constitue la dernière série, en attendant de faire subir le même sort à la Maison d’Arrêt et de Correction de Rebeuss et à l’Immeuble du Bloc des Madeleines abritant l’actuel Palais de Justice, d’une entreprise d’aliénation spoliatrice et spéculative du patrimoine foncier et immobilier national, perpétrée, sous le couvert de l’Etat, par un régime affairiste, uniquement soucieux de satisfaire ses intérêts particuliers et ceux de son clan.

En effet depuis 2000, le Gouvernement procède, d’abord de manière subreptice et ponctuelle, et ensuite de façon précipitée et massive, à une coupe réglée des dernières assiettes foncières de la capitale, avec une boulimie qui ne manque pas d’inquiéter des cercles de plus en plus larges de citoyens ainsi que de larges couches sociales de notre pays. D’inquiétude, cette réaction est devenue indignation et est susceptible, si l’on n’y prend garde, de se muer en révolte compte tenu des impacts qui commencent à se faire sentir sur les pauvres et les classes moyennes

Sous la brume d’une légalité plus que douteuse et sous-tendues par une boulimie foncière arrogante que les tenants du pouvoir étalent au grand jour, au mépris des récriminations sans cesse renouvelées d’une frange avisée de l’opinion, ces pratiques scandaleuses d’accaparement et de bradage du patrimoine foncier sont mises à exécution, sur tout espace de terrain virtuellement disponible, dans des proportions et à un rythme inquiétant pour l’équilibre structurel et fonctionnel nécessaire à un aménagement harmonieux du territoire national.

Dans le Plateau, des biens immobiliers consistant en villas et appartements et relevant du patrimoine bâti de l’Etat pour la plupart classé, sont vendus indûment au moment où l’Etat ne cesse d’accroître ses baux de location d’immeubles privés pour loger ses services et agents et au moment où le même pouvoir tente de s’approprier les réserves du cimetière catholique de Saint Lazare de Béthany et le site de l’école élémentaire « Manguiers 3 » pour l’édification de bâtiments administratifs.

Le front de mer n’est pas non plus épargné par la boulimie foncière du pouvoir d’Abdoulaye Wade qui est en train de priver le domaine public maritime de sa vocation naturelle d’espace d’accès direct à la mer avec une occupation intempestive de la Corniche de Dakar et de la Petite Côte par des complexes hôteliers, des lotissements d’habitation et des équipements privés de toutes sortes.

Les parcs nationaux autour desquels rodent des projets fumeux aux montages juridico financiers tout aussi nébuleux, sont également les cibles de la boulimie foncière d’Abdoulaye Wade avec des conséquences fâcheuses pour les écosystèmes du pays.

dakar5.jpg Le plus scandaleux, c’est la violation délibérée des dispositions contraignantes qui régissent les modes d’appropriation et d’aliénation du domaine de l’Etat, au mépris de l’usage présent ou futur que les plans d’urbanismes en ont prescrit.

Des réserves foncières stratégiques de plusieurs centaines d’hectares, constituées des emprises de la Pyrotechniela VDN, du stade Léopold Sédar SENGHOR, du Camp militaire de Thiaroye, du Centre émetteur de Yeumbeul, du Champ de tir de Ouakam et du camp militaire attenant à ce site stratégique, ont été octroyées à des promoteurs étrangers ou dépecées et morcelées pour être revendues, le tout sans faire droit aux équipements structurants et aux services de proximité qui y étaient programmés. En attendant que suivent la zone du Lac Rose et la bande Nord-Ouest résidentielle de la Côte des Almadies mais aussi les sites convoités de longue date de l’Hôpital Aristide Le Dantec, du Camp militaire Dial Diop et du Lycée Lamine Gueye. sur

Plus grave encore, des servitudes aéronautiques définies autour l’aéroport Léopold Sédar SENGHOR, constituées de cônes d’envol des différentes pistes ainsi que la bande verte entre la principale piste de l’aéroport et la VDN ont toutes été déclassées pour faire place à des lotissements à usage d’habitation sans considération de la sécurité aéroportuaire et de la vie des riverains exposés à un danger permanent.

Dans le même temps, la zone de captage des eaux de ruissellement, située entre l’autoroute et la route du Front de terre, a été déclassée et aliénée pour accueillir des habitations faisant ainsi le lit des inondations dans les cités environnantes, à l’image de la cité Bellevue et privant notre capitale d’une source de reconstitution durable des ressources en eau et d’aménagement d’un poumon écologique viable dans une zone naturelle d’accueil.  

Dans leur quasi-totalité, les réserves d’extension du CICES ont été déclassées et affectées à des lotissements à usage d’habitation sans tenir compte de la destination initiale de ces réserves qui étaient programmées pour accueillir une Foire de dimension mondiale, ni des contraintes d’urbanisme et  de protection civile qui proscrivent absolument une mitoyenneté extrêmement nuisible avec un établissement, hier classé dangereux, aujourd‘hui totalement encerclé. Dans l’affaire des réserves du CICES, ce qui heurte par ailleurs, outre la violation par l’Etat des dispositions de la loi sur l’expropriation, c’est le fait de n’avoir pas fait droit à la préemption dont bénéficient les anciens propriétaires sur ces propriétés foncières en cas d’abandon, par l’Etat, du projet d’extension du CICES  dans son enceinte historique, dûment matérialisée, qui avait justifié leur expropriation. 

A tout cela s’ajoute la création, au moyen d’une loi votée en catimini, pendant la campagne électorale présidentielle de 2007, d’une « zone économique spéciale intégrée » de 10.000 hectares située dans les communautés rurales de Diass et de Sindia, région de Thiés et dans la communauté rurale de Yenne, région de Dakar dans des conditions qui dissimulent mal la connivence contre les intérêts du pays.

Il n’est pas inutile de préciser que toutes ces opérations, inspirées par les lobbies affairistes qui gangrènent le sommet de l’Etat, ont été réalisées dans une totale opacité révélatrice du système de corruption et de concussion qui caractérise la mal gouvernance du pouvoir libéral et qui a favorisé des pratiques spéculatives à une échelle insoupçonnée, laquelle ne sera connue qu’après son départ de la gestion des affaires publiques.

En effet, devant ces signaux non équivoques de spoliation effrénée des dernières poches foncières, le marché immobilier n’a pas manqué de connaître depuis l’an 2000 une flambée des prix dans des proportions démesurées ayant des répercussions exorbitantes sur les coûts à l’acquisition des terrains et, partant, sur le niveau des loyers, le tout rendant largement obsolète la réglementation de l’Etat en ces matières.

Face à cette situation de gangrène en voie de généralisation, le Parti socialiste exprime sa vive préoccupation compte tenu des enjeux que comportent les questions foncières dans tout pays. Dans notre pays, et singulièrement dans la capitale étranglée dans une presqu’île, les besoins en infrastructures, en équipements institutionnels, en services sociaux de base, en logement se sont accrus rendant leur prise en charge indispensable par la création d’un cadre de vie fonctionnel qui réponde harmonieusement aux besoins d’épanouissement des populations.

dakar14.jpg Pour l’avenir, les enjeux sont tout aussi importants car les dérives actuelles du pouvoir libéral, en même temps qu’elles privent les générations futures d’espaces vitaux, transfigurent notre cadre de vie et soulèvent de sérieuses menaces sur l’équilibre écologique fragile du Sénégal.

A l’évidence, cette mauvaise gestion inqualifiable procède tout autant d’une doctrine mal assimilée que d’une attitude imprévoyante et coupable du pouvoir libéral que tout gouvernement responsable se fera le devoir impératif de corriger et de purger en bonne règle. 

Dès lors, le Parti socialiste qui rappelle que l’Etat a le devoir de réconcilier cette demande très forte avec l’offre disponible de terrains urbains mais aussi avec les besoins actuels et futurs en infrastructures et services sociaux de base,  engage le pouvoir d’Abdoulaye Wade à prendre, dès à présent, les mesures conservatoires (suspension des transferts de baux et des actes de vente, arrêt des constructions en leur état, indemnisation des adjudicataires de bonne foi) et prendra toutes ses responsabilités, à côté des forces politiques et sociales porteuses de l’espoir national de changement pour procéder aux rectifications nécessaires qu’appellent les violations avérées et répétées de la loi ainsi que les détournements d’objectifs et de procédures.

Dans ce sens, il interpelle tous partenaires privés et publics, internes et externes, de l’Etat du Sénégal, pour les exhorter à ne point s’associer à ces opérations de prédation du patrimoine foncier de tous les Sénégalais auxquelles se livrent sans retenue les autorités actuelles.

Enfin, le Parti socialiste qui rappelle la nécessité de revenir à une planification foncière méthodique et réaliste qui intègre les prévisions des plans d’urbanisme et des divers plans sectoriels d’infrastructures, invite le pouvoir d’Abdoulaye Wade à faire preuve, d’une manière générale, de plus de responsabilité en s’acquittant de sa mission à durée déterminée avec intelligence et anticipation mais aussi avec retenue et tempérance, dans le sens de l’intérêt général et des intérêts nationaux bien compris du pays que nous avons en partage : le SENEGAL !

Fait à Dakar, le 28 Février 2008

Le Bureau politique
 
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