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Abdoulaye WADE : une fiction en extinction Votre email
08-02-2010
ImageIl y a quelques semaines, en visite à Matam, Abdoulaye Wade s’est livré à un édifiant exercice de style. Fidèle à une tactique bien éprouvée, il s’est défaussé sur ses prédécesseurs, a porté de fausses accusations et a fait dans l’invective, sans parler de l’épouvantail de la mort du Parti socialiste agité depuis bientôt dix années par un Président qui, oublieux des devoirs de sa charge, est aujourd’hui le seul à faire à tout bout de champ de la politique politicienne. Il aurait pu tenter de rester dans le caractère républicain de cette visite et gommer le ton provocateur dont il est coutumier, mais, comme toujours avec lui, il suffit d’une foule et de quelques micros pour que le naturel revienne au galop. Désigner des boucs-émissaires est une technique usée qui a déjà atteint ses limites mais si on y ajoute la mauvaise foi, alors vous relevez un état d'esprit coupable des dérives maladroitement passées sous silence. Le discours d’Abdoulaye Wade à Matam est allé au-delà de la simple mise en scène. Mais il ne doit pas faire illusion. Car la réalité des faits indexe sa gouvernance toxique. Les méfaits multiples de cette gouvernance explosent sous nos yeux avec ses impasses : une économie nationale en pleine dépression, une agriculture moribonde, victime des politiques erratiques, une industrie démantelée par un affairisme d’Etat, des entreprises asphyxiées par la dette intérieure, un pouvoir d’achat en chute constante, une crise structurelle des secteurs de l’éducation et de la santé.

       Au lieu de satisfaire la revendication permanente des Sénégalais pour une vie décente, il n’a d’autres ressources que de s’attaquer aux Présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf. Or tout le distingue de ses illustres prédécesseurs. Ce qui les distingue surtout, c’est la relation névrotique qu’Abdoulaye Wade entretient avec la chose publique. Il y a, pour ainsi dire, chez lui une absence de pudeur et d’éthique dans la gestion de l’Etat, illustrée par une gestion patrimoniale et par la personnalisation outrancière du pouvoir et des institutions. Tout le contraire des Présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf qui nourrissaient, l’un et l’autre, un détachement pour le pouvoir et un mépris pour l’argent. Il tente d’entacher la probité et la rigueur morale de ses prédécesseurs alors qu’il y a peu, l’affaire Segura, qui a couvert notre pays de honte, le désignait comme celui qui a tenté d’acheter la conscience et le silence de l’ancien Représentant-résident du Fonds Monétaire International à Dakar.  

     En vérité, Abdoulaye Wade nourrit un gros complexe vis-à-vis des Présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, qui ont fait l’histoire de notre jeune Nation et sont restés dans la postérité comme des hommes d’Etat exceptionnels. Léopold Sédar Senghor a été l’un des plus grands penseurs de notre temps et un pionnier d’une grande lucidité, dont l’œuvre et l’action resteront à jamais une féconde source pour la Nation. Le Président Abdou Diouf a contribué à consolider l’équilibre de la Nation et a été le principal artisan de la construction démocratique dans notre pays. 

     Tous les deux, le premier à partir de sa notoriété personnelle et le second par son expérience et sa sagesse, ont donné à la voix de notre pays une résonnance planétaire et l’ont élevée dans le concert des Nations au moyen d’une diplomatie dynamique, professionnelle et respectée. On imagine le drame d’Abdoulaye Wade et sa frustration dans les endroits où il faut paraître pour être vu et apprécié puisqu’aujourd’hui, sa diplomatie frénétique et compulsive est désormais snobée et mise à l’écart dans les grandes rencontres internationales.  

     C’est cela que l’Histoire retiendra de ces précurseurs alors que Abdoulaye Wade restera dans la chronique des faits divers. 

     Lorsqu’Abdoulaye Wade annonce la mort du Parti socialiste, on perçoit tout de suite un sentiment trouble. En effet, la violence avec laquelle il s’attaque au Parti socialiste ne doit pas faire oublier la fascination que ce parti exerce sur lui. Le Parti socialiste fascine Abdoulaye Wade, au point qu’il ait toujours cherché à s’emparer, de manière illégitime, de l’héritage du Président Léopold Sédar Senghor et à s’en inspirer, même s’il le fait maladroitement. Abdoulaye Wade doit se faire définitivement une raison. Il ne réussira jamais à faire du PDS, un parti comme le Parti socialiste où cohabitent plusieurs générations de militants. Le Parti socialiste, c’est l’illustration d’un lien intergénérationnel très solide et la succession des générations depuis 1948 avec des alternances régulières et sereines à sa tête.  
 

     A la fascination se mêle la crainte. Abdoulaye Wade a une peur bleue du Parti socialiste, une peur qu’il cherche à exorciser en annonçant régulièrement la mort du Parti socialiste. Naturellement, il se trompe. Malgré les assauts inédits dont il a fait l’objet depuis l’alternance de 2000, le Parti socialiste est resté debout, droit dans ses bottes parce que notre parti a une idéologie et des valeurs portées par des militants convaincus. Il a réussi à se redresser, à remobiliser ses militants et à s’ouvrir à tous les segments de la société sénégalaise. Il n’est pas évident que le PDS aurait pu résister aux attaques auxquelles le Parti socialiste a fait face depuis dix années et qu’il survivrait à son fondateur. 

     Aujourd’hui le Parti socialiste est véritablement en ordre de bataille pour conquérir le pouvoir avec ses partenaires de Benno Siggil Senegaal. C’est cela qui fait peur à Abdoulaye Wade, lui dont le Parti ressemble à une armée mexicaine, et pour qui, chaque jour, correspond à un nouvel épisode de la chronique d’une mort annoncée en attendant le jour, plus très lointain, où le peuple sénégalais prononcera son oraison funèbre. 

     Au final, la visite de Matam semble surtout avoir servi de prétexte à un déplacement électoral. Et il faut se désoler qu’avec Abdoulaye Wade, les vrais débats soient toujours occultés au profit de la rhétorique politicienne et que la mauvaise foi soit le seul argument d’une campagne électorale prématurée. Or, les Sénégalais ont le droit, aujourd’hui autant qu’hier, de réclamer l’amélioration de leurs conditions de vie, sans qu’au plus haut niveau de l’Etat leur soit en permanence adressé le même refrain. 
 

Ousmane Tanor DIENG
Secrétaire Général du Parti Socialiste

 
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